Le week-end des 17 et 18 octobre, des manifestations ont eu lieu à Paris. 

Des manifestations qui ont pris une tournure catastrophique. En marge des cortèges, des casseurs ont attaqué et pillé de nombreux commerces. Les cafés, les restaurants et les hôtels font partie des grands perdants. Comme ils donnent directement sur la rue, ils sont souvent les premiers visés quand la violence éclate.

Le quartier de la République a été le plus touché. C’est là que se rassemblent la plupart des manifestations à Paris, et tenir un commerce dans ce secteur devient de plus en plus difficile. Rue Beaurepaire, dans le Xᵉ arrondissement, le bar-tabac La Barrique a été complètement détruit. À une centaine de mètres de la place, le restaurant Le Canal a reçu des pavés et se trouve aujourd’hui dans un triste état. Dans la même rue, Le Rouergue a perdu toutes ses vitres. Point commun entre plusieurs de ces adresses : elles vendaient du tabac, ce qui en a fait des cibles prioritaires pour les pilleurs. Les beaux quartiers n’ont pas été épargnés non plus, puisque le célèbre hôtel Plaza Athénée, avenue Montaigne, a lui aussi été attaqué. Au total, les dégâts sont estimés à plusieurs centaines de millions d’euros.

Pour les commerçants touchés, la grande question est maintenant celle de l’argent. Bonne nouvelle, les dégâts matériels sont en général pris en charge par l’assurance, grâce à une garantie appelée « émeutes et mouvements populaires ». Elle fait le plus souvent partie des contrats dits « multirisques ». Selon ce que chacun a choisi dans son contrat, l’assurance peut rembourser un incendie, des vitres brisées, des dégradations volontaires ou encore la marchandise volée pendant les pillages. Il y a cependant une limite, ce qui est volé à l’extérieur du bâtiment, comme le mobilier de terrasse, n’est pas couvert.

Le vrai problème, c’est la fermeture. Un restaurant détruit ne peut pas rouvrir du jour au lendemain. Pendant les travaux, il ne gagne plus rien, mais il doit continuer à payer son loyer, ses factures et ses salariés. Seule une garantie spéciale, la « perte d’exploitation », permet d’être aidé pendant cette période. Or, seulement un peu plus d’un établissement sur deux en possède une. Pour les autres, la facture risque d’être très lourde.

Pour être remboursé, il faut suivre deux étapes. D’abord, porter plainte, ce qui peut se faire directement sur internet quand l’auteur des faits est inconnu. Ensuite, déclarer les dégâts à son assureur le plus vite possible, en général dans un délai de cinq jours.

Face à cette situation, les professionnels du secteur se mobilisent. Les deux principales organisations des cafés, hôtels et restaurants, l’Umih et le GHR, ont fermement condamné ces violences. Le président de l’Umih, Franck Chaumès, estime que les restaurateurs ne peuvent pas, à chaque manifestation, être ceux qui paient pour les dégâts. Il demande que leur sécurité soit assurée et que chaque victime soit indemnisée. De son côté, la présidente du GHR, Catherine Quérard, pose des questions précises au gouvernement : quelles aides d’urgence pour les établissements qui n’ont plus d’argent en caisse, comment pousser les assureurs à payer plus vite, comment protéger les emplois et faut-il un chômage partiel exceptionnel ? Le GHR propose aussi d’accompagner les professionnels dans toutes leurs démarches, de la plainte jusqu’à la réouverture.

Les premières réponses commencent à arriver. Les assureurs affirment être mobilisés pour accélérer les remboursements. L’Urssaf permet aux commerces touchés de payer leurs cotisations plus tard, et le ministère du Travail a indiqué quelles entreprises peuvent mettre leurs salariés au chômage partiel. Pour l’instant, en revanche, aucune aide spéciale de l’État n’a été annoncée pour indemniser directement les victimes. Les restaurateurs, eux, attendent des réponses rapides, car beaucoup se demandent s’il vaut la peine de tout réparer avant la prochaine manifestation.